Ma vision de l’ultramarathon s’est construite loin des clichés, loin des slogans, et loin d’une esthétique de la douleur qui finirait par confondre dureté et profondeur. En effet, je ne cours pas longtemps pour jouer au héros, ni pour collectionner des chiffres comme on collectionne des trophées, mais pour habiter un chemin, apprendre un rapport au temps plus juste, et vérifier, à chaque sortie longue, ce que je tiens vraiment, intérieurement, quand le décor s’efface et que le bruit baisse.
D’ailleurs, je le dis souvent autrement, parce que cette phrase me revient comme une évidence simple : l’ultramarathon n’est pas seulement une distance, c’est une manière de vivre. Je l’écris aussi sur mon parcours, quand j’assume clairement que, pour moi, “c’est l’asphalte”, que je trouve du plaisir à “tracer la route”, et que mon critère principal reste cette idée de courir en liberté, avec une sensation d’autonomie qui m’a toujours nourri.
Cependant, cette liberté n’a rien d’une posture romantique. Elle se paie par la patience, par la répétition, par l’acceptation de la lenteur, et surtout par une forme de lucidité qui ne triche pas. Ainsi, plus je vais loin, plus je reviens à l’essentiel. Et plus je reviens à l’essentiel, plus ma vision de l’ultramarathon devient une approche, une philosophie, et, aujourd’hui, une proposition d’accompagnement pour les coureurs engagés qui veulent renforcer leur mental sans se brutaliser.
Pourquoi je parle de “vision” et pas seulement de performance
Je parle de vision parce que l’ultra m’a appris une chose fondamentale : la performance est un résultat, tandis que la vision est un cap. Or, lorsque les heures s’accumulent, lorsque la fatigue devient épaisse, et lorsque le mental commence à chercher des issues de secours, ce n’est pas le résultat qui vous tient, c’est le cap, c’est le sens, c’est la raison intime qui continue à vous mettre en mouvement.
C’est exactement pour cela que mon livre s’appelle “N’oublie pas pourquoi tu cours”, parce qu’à un moment, sur la route, la seule question utile n’est plus “combien”, mais “pourquoi”.
Et puis, très concrètement, je ne suis pas arrivé à l’ultramarathon depuis un fauteuil. J’y suis entré parce que j’avais besoin de retrouver une discipline vivante, une motivation saine, et une énergie qui remette de l’ordre dans ma vie physique et mentale. Sur mon parcours, je l’assume : en 2007, j’ai repris sérieusement la course, notamment pour stopper une consommation d’environ trente cigarettes par jour, retrouver du souffle, et construire une motivation forte dans une activité qui me faisait du bien.
Enfin, avec le temps, mes formations et mon métier de coach, de formateur, puis de préparateur mental, sont devenus des supports décisifs pour tenir sur la durée, parce que j’ai compris que l’ultra se joue dans un équilibre précis entre physiologie, psychologie, et qualité d’attention.
Les fondations de ma vision de l’ultramarathon
L’ultramarathon comme acte naturel et état d’esprit
Je reviens souvent à cette phrase qui me semble être une fondation simple et robuste : la course est un acte naturel, et un certain état d’esprit. Je ne cours pas pour prouver que je suis quelqu’un, mais pour vivre une relation avec un geste, un rythme, une route, et un espace mental qui s’ouvre quand le corps accepte de durer.
D’ailleurs, dans un extrait de mon livre, j’écris quelque chose que je considère comme central, parce que cela replace la course à sa juste place : “Au fond la course n’est que la course. Elle n’est ni bien ni mal. Elle est.” Autrement dit, ce n’est pas l’activité qui change tout, c’est la relation que l’on entretient avec elle, comme dans toute liaison, avec ses moments de passion, ses moments de rejet, et ses retours inattendus.
Ainsi, ma vision de l’ultramarathon repose d’abord sur une sobriété : je refuse l’idéologie du “toujours plus” quand elle devient une fuite, et je préfère la profondeur du “juste”, quand elle devient une manière de se respecter.
L’ultramarathon comme école de patience et de répétition
Ensuite, il y a la patience, parce que la patience n’est pas un supplément d’âme en ultra, c’est une compétence centrale. Sur route, la répétition du geste peut devenir hypnotique, et, en même temps, elle peut devenir une épreuve mentale particulière, précisément parce qu’elle use la nouveauté, puis elle oblige à dialoguer autrement avec soi.
Dans un extrait que je partage sur mon site, je l’exprime sans détour : l’ultramarathon m’a aidé à développer la patience, à combattre l’ennui, à accueillir une forme de solitude interne, et à faire face au découragement lié au nombre d’heures de foulées enchaînées sur l’asphalte.
Or, ce point est décisif, parce que la plupart des abandons ne viennent pas d’un manque de volonté, mais d’un excès de tension intérieure, d’une crispation, d’une impatience déguisée, ou d’une lutte inutile contre ce qui est déjà là. Par conséquent, apprendre la patience, ce n’est pas “subir”, c’est apprendre à durer sans se détruire.
Le mental comme boussole, pas comme violence
De la même manière, je ne conçois pas la préparation mentale comme une méthode pour se faire mal, mais comme un art de la régulation. Sur la page d’accueil de mon site, je le dis clairement : c’est grâce à l’ultramarathon que j’ai découvert la puissance du mental, et c’est grâce à mes formations que j’accompagne aujourd’hui les coureurs à la développer.
Cependant, je tiens à préciser ce point, parce qu’il change tout : un mental solide ne sert pas seulement à performer, il sert à retrouver le plaisir de courir, à garder le cap dans l’effort, et, plus largement, à gagner en sérénité dans le quotidien.
Ainsi, dans ma vision de l’ultramarathon, le mental n’est pas un fouet. Au contraire, le mental est une boussole, un stabilisateur, un garde-fou, qui vous aide à rester lucide quand l’émotion déborde, à ralentir quand l’ego s’emballe, et à revenir au simple quand la tête part dans tous les sens.
Ce que l’ultra m’a appris sur la relation à soi
Une relation faite de fidélités et de brouilles
Dans mon livre, j’écris que notre rapport à la course est étonnant, parfois “amis”, parfois “meilleurs ennemis”, surtout quand le corps ou le mental se rebellent. Cette phrase, je la porte en moi, parce qu’elle dit quelque chose d’adulte : on peut aimer profondément une pratique, tout en traversant des phases de rejet, de doute, ou de lassitude, sans que cela annule la relation.
En effet, l’ultramarathon ne demande pas une motivation constante, il demande une relation stable, ce qui signifie une capacité à traverser les fluctuations, à accepter que l’envie ne soit pas toujours là, et à rester engagé malgré les oscillations.
Le silence comme outil, pas comme décor
Sur route, surtout, le silence devient un outil. Il ne s’agit pas seulement du silence extérieur, même s’il compte, mais du silence intérieur, celui qui arrive quand on cesse de se raconter des histoires, quand on arrête de négocier en boucle, et quand on revient au réel : un pas, un souffle, une gorgée, une décision simple.
C’est d’ailleurs là que l’ultra ressemble parfois à un atelier de présence. On ne contrôle pas tout. On ajuste. On observe. On corrige. Et, peu à peu, on apprend à ne pas ajouter de souffrance mentale à la difficulté physique.
L’ultra comme miroir de l’engagement
Enfin, l’ultra agit comme un miroir : il reflète votre manière de gérer l’inconfort, votre rapport au temps, votre façon de traverser l’ennui, et votre capacité à rester digne quand la fatigue rend tout plus rugueux. Par conséquent, ce que l’on apprend en ultra déborde souvent sur la vie : on devient plus patient, plus lucide, plus simple, parfois même plus sage, sans avoir besoin de théâtraliser cette transformation.
Mon parcours, comme preuve par le vécu
Je préfère être clair : ma vision n’est pas un concept, c’est une sédimentation d’expériences, parfois lumineuses, parfois difficiles, qui m’ont obligé à grandir. Je suis ultramarathonien depuis 2008, et j’ai vécu des formats très différents, de l’ultra sur route aux épreuves en temps, en passant par des projets plus aventureux.
Sur ma page “ultramarathonien”, je rappelle quelques jalons importants, notamment Sion–Paris (765 km), réalisé en juillet 2008 au profit de l’Association Suisse du Syndrome de Poland, parce que j’avais besoin de relier l’effort long à une dimension de sens et d’altruisme. J’y mentionne aussi le Tour de Suisse en courant (du 30 mai au 13 juin 2015), ainsi que le Mallorca Run Trip (tour de l’île de Majorque en courant, en 2020).
De plus, je rappelle que j’anime des ateliers et des conférences sur l’approche mentale en course à pied et en ultramarathon, parce que transmettre fait partie de mon chemin autant que courir.
Et puis, il y a cette fondation qui relie tout : j’ai été formateur dans les médias, j’ai structuré des compétences en coaching, en préparation mentale, en hypnose, et j’ai appris à faire dialoguer rigueur et humanité, ce qui nourrit aujourd’hui ma manière d’accompagner.




